La Lune aura bientôt son propre fuseau horaire

La Lune aura bientôt son propre fuseau horaire - © Sensvector
La Lune aura bientôt son propre fuseau horaire - © Sensvector

Alors que les missions d’exploration de la Lune vont se multiplier dans les prochaines années, l’absence de fuseau horaire propre au satellite de la Terre risque de poser des problèmes techniques. Pour remédier à cela, la NASA et l’ESA ont tranché : il faut créer un temps lunaire coordonné.

J’ai demandé l’heure à la Lune, mais elle ne la sait pas. Heureusement, grâce à la NASA et l’Agence Spatiale Européenne (ESA), le satellite naturel de la Terre devrait bientôt disposer de sa propre horloge. Suite à une demande du Bureau de la politique scientifique et technologique (OSTP) de la Maison Blanche le 2 avril 2024, l’agence spatiale américaine a annoncé se pencher sur cette question étonnante : quelle heure est-il sur la Lune ? 

La question a priori absurde est en vérité d’une grande importance pour les missions d’exploration de la Lune prévues dans les prochaines années. En effet, en raison de sa gravité et de sa vélocité différentes de celle de la Terre, la Lune finit sa journée de 24 heures 58,7 microsecondes plus tôt. Une différence minuscule qui pourrait avoir des impacts considérables sur la gestion des futures missions lunaires internationales. 

Temps Lunaire Coordonné

Sans norme unifiée du temps lunaire, explique la NASA, les transferts de données entre les divers engins spatiaux, la synchronisation des communications avec la Terre, les satellites en orbite lunaire ou encore les astronautes risquent d’être imprécises et provoquer des erreurs. De plus, des divergences temporelles, aussi infimes soient-elles, peuvent fausser tous les calculs de cartographie de la surface lunaire, ceux-ci s’appuyant sur un calcul de la distance parcourue par les signaux satellitaires en un temps donné. 

En coopération avec l’ESA – qui avait affirmé la nécessité d’une telle norme horaire lunaire le 27 février 2024 – la NASA est tenue par les autorités américaines de fournir une solution d’ici 2026, avant le premier alunissage humain de la mission américaine Artemis en septembre 2026. Dans son mémo, l’OSTP suggère donc la mise en place d’un temps lunaire coordonné (LTC), soit une référence temporelle propre à la Lune. 

Plus qu’un simple fuseau horaire, le LTC doit se distinguer du temps universel coordonné (UTC), la norme actuelle assurée par plusieurs horloges atomiques à travers le monde. C’est notamment cet UTC qui est utilisé à bord de la station spatiale internationale, celle-ci se situant en basse orbite de la Terre. Pour assurer ce LTC, la Maison Blanche n’exclut pas de déployer de telles horloges à même la surface lunaire. Une hypothèse validée par Kevin Coggins, haut responsable des communications et de la navigation de la Nasa : « Les horloges atomiques de l’observatoire naval des États-Unis sont le pouls de la nation qui synchronisent tout. Il nous faut un pouls sur la Lune ».

Les trouble-fêtes russe et chinois 

Pour établir une telle norme universelle, les autorités américaines assurent vouloir procéder par consultation des organismes de normalisation existants et aboutir à un accord international avec les 36 pays qui ont signé les accords Artemis. Signés en 2020, ce texte établit un certain nombre de principes de gouvernance de l’exploration et de l’exploitation spatiale, parmi lesquels la transparence, l’interopérabilité ou l’exploitation des ressources lunaires. Mais si l’on trouve la France, l’Arabie Saoudite, le Japon et l’Inde parmi les signataires, ceux-ci ne comptent pas la Russie et la Chine. 

Rivaux majeurs des Américains et des Européens dans cette course à l’espace, les puissances russe et chinoise pourraient bien jouer les trouble-fêtes dans cette quête d’harmonisation du temps lunaire. Pékin prévoit notamment de poser le premier astronaute non-américain sur la Lune en 2030. Même si Washington parvient à imposer un LTC d’ici là, la NASA a affirmé qu’il n’y aurait pas d’heures d’été et d’hiver sur la Lune.