Space Cargo Unlimited lève 27,5 millions d’euros pour propulser le futur de l’industrie dans l’espace !

Le véhicule Rev1 qui contiendra la Bentobox. Crédit Space Cargo

Avec une levée de fonds record de 27,5 millions d’euros annoncée cette semaine, Space Cargo Unlimited vient de réaliser la plus importante série A européenne dédiée à la fabrication dans l’espace. L’entreprise dirigée par Nicolas Gaume entend démocratiser l’accès à l’orbite pour les chercheurs et industriels en développant BentoBox, une plateforme autonome de production en microgravité, retour sur Terre inclus. Télescope a interrogé son cofondateur sur cette annonce et sur l’ambition vertigineuse qui l’anime.

La conquête spatiale n’est plus seulement une affaire de satellites et de fusées. Elle devient peu à peu un laboratoire industriel pour l’humanité. Avec une levée de fonds record de 27,5 millions d’euros annoncée il y a quelques jours, Space Cargo Unlimited entend imposer l’Europe sur un nouveau front : la fabrication en microgravité.

A la tête de l’entreprise, l’entrepreneur visionnaire Nicolas Gaume. Pour lui, le temps est venu de sortir la production spatiale des fantasmes de science-fiction pour en faire une solution industrielle, concrète, utile, et européenne : « Aujourd’hui pour vous donner une idée c’est environ 40% de projets de l’industrie pharmaceutique, 25% ce sont de nouveaux matériaux électronique et ensuite c’est varié entre du test de matériel spatial en condition réelle et de l’agriculture. »

Une levée record et un calendrier qui s’accélère

La série A de Space Cargo Unlimited est historique : jamais l’Europe n’avait autant investi en amorçage dans ce domaine. Pilotée par Expansion Ventures, accompagnée d’acteurs publics comme l’EIC (European Innovation Council), la BEI (Banque Européenne d’Investissement) ou le Luxembourg Future Fund II, et complétée par un volet participatif via Tudigo, ce tour de table permet à l’entreprise de financer son vaisseau autonome REV1 et son infrastructure de production embarquée, la BentoBox. « Cette levée nous permet de finaliser le développement du véhicule et d’engager les sept premiers vols commerciaux », explique Nicolas Gaume.

Le vaisseau spatial REV1, développé à partir d’un ancien prototype de l’ESA (l’agence spatiale européenne), sera fabriqué par Thales Alenia Space. Il emportera en orbite la fameuse BentoBox, une plateforme de fabrication autonome en impesanteur.

BentoBox : une usine en orbite

La BentoBox se présente comme une sorte de « mini-usine volante » dans laquelle des clients peuvent embarquer leurs propres unités de production. Elle fournit l’ensemble des services indispensables : alimentation énergétique, réfrigération, pilotage à distance, antivibrations, collecte et analyse de données.

« Nos clients nous fournissent des machines, souvent de la taille d’une imprimante, et la BentoBox les fait fonctionner dans l’espace. On produit en microgravité, puis on revient sur Terre », résume Nicolas Gaume.

Ce modèle est une rupture. Jusqu’à présent, la R&D spatiale était limitée aux stations habitées, où la présence humaine impose des contraintes de coûts et de sécurité extrêmes. Avec BentoBox, Space Cargo entend faire du spatial une infrastructure industrielle accessible, répétable et optimisée pour les applications terrestres.

L’espace comme catalyseur industriel

Pourquoi fabriquer dans l’espace ? Parce que certains processus y deviennent possibles ou bien plus efficaces. En microgravité, les alliages sont plus homogènes, la cristallisation des protéines plus stable, certaines cellules se développent plus vite, et les échanges de chaleur et de matière sont radicalement différents.

Les applications visées ? Recherche pharmaceutique, biotech, matériaux avancés, électronique, agriculture. Sur plus de 80 projets clients engagés, 40% relèvent du secteur pharmaceutique. « Par exemple, un composé d’un litre produit dans l’espace peut ensuite servir à fabriquer des millions de gélules sur Terre », nous dit le patron.

Bordeaux, Luxembourg et souveraineté européenne

C’est entre Bordeaux et le Luxembourg que s’invente cette nouvelle infrastructure spatiale. Là où la France a tardé à soutenir le projet, le Luxembourg, déjà très investi dans l’industrie spatiale avec des lois pionnières sur les ressources extra-terrestres, a offert un soutien logistique, politique et financier clé.

« L’Europe peut jouer un rôle majeur dans les usages industriels de l’espace. Les grands pays se concentrent sur les satellites et les lanceurs. Nous, on travaille sur l’aval : les applications pour la Terre », souligne l’entrepreneur.

Et maintenant ?

Les premiers vols de la BentoBox sont prévus dès 2026 avec Space X. En avril dernier, des essais ont été menés, et les dates de lancement seront annoncées d’ici la fin de l’année. L’équipe, forte d’une expérience de 25 ans dans le spatial, veut enclencher une dynamique industrielle inédite.

Avec Space Cargo Unlimited, le spatial change de récit. Il n’est plus seulement une aventure humaine et scientifique. Il devient une extension de nos chaînes de production, une fabrique d’innovations, au service de la Terre. Bientôt, on ne montera plus dans l’espace pour y vivre, mais pour y produire, c’est ce qui nous est promis. Un domaine à suivre de près, donc…