Les deepfakes n’ont pas fini de pourrir les 60 élections de 2024

Deepfake de Donald Trump devenu viral sur les réseaux sociaux.
Deepfake de Donald Trump devenu viral sur les réseaux sociaux.

Outre les élections américaines, prévues le 5 novembre prochain, 60 pays sont invités à élire leurs représentants en 2024, au moment où les deepfakes n’ont jamais été aussi répandus.

Les nombreux procès auxquels Donald Trump doit faire face jusqu’à fin mai 2024 vampirisent les primaires des camps démocrates et républicains qui prendront fin le 10 septembre prochain. Mais ce n’est rien à côté de la multitude de deepfakes devenus viraux, bien souvent en sa faveur, qui tournent sur les réseaux sociaux depuis des semaines et qui pourraient s’intensifier à partir de cet été.

C’est la BBC qui, dans une enquête publiée en mars dernier, comptabilisait pas moins d’une dizaine de deepfakes mettant en scène Donald Trump entouré d’électeurs de la communauté afro-américaine, affichant de larges sourires. Certains de ces posts ont dépassé le million de vues sur X. L’objectif est clair : rassurer cette communauté sur sa candidature et grappiller des voix supplémentaires là où le Parti démocrate fait les plus gros scores. Des deepfakes grossiers – certains n’avaient pas de doigts, d’autres trois bras… – partagés massivement par des partisans ultraconservateurs. Trump lui-même, fin mars, partageait une vidéo où l’on apercevait un Joe Biden ligoté dans le coffre d’un pick-up, sans compter les innombrables montages outranciers qu’il offre à ses followers sur Instagram.

« Fabriqué par IA »

Pire, certains électeurs du New Hampshire auraient même reçu, au moment de voter pour les primaires démocrates, un appel téléphonique d’un interlocuteur avec une voix modifiée par intelligence artificielle pour feindre celle de Joe Biden et leur déconseiller de voter démocrate. Derrière la supercherie se cachait Steve Kramer, consultant pour le camp rival. Interrogé par la BBC, le cofondateur de Black Voters Matter qui milite pour faire progresser le vote afro-américain, Cliff Albright, y voit là une stratégie inquiétante : « Il y a eu des tentatives documentées pour cibler à nouveau la désinformation sur les communautés noires, en particulier les jeunes électeurs noirs ».

Ces deepfakes, dont les premières apparitions remontent aux élections de 2016 puis de 2020, ont jusqu’ici réussi à passer entre les mailles des filets de la modération des réseaux sociaux. Mais pour la première fois, des mesures concrètes sont prises. Le programme d’IA Midjourney, dont proviennent la plupart des détournements, a décidé en mars dernier d’empêcher ses utilisateurs de générer des visuels mettant en scène les candidats aux élections présidentielles américaines. Idem pour Facebook et Microsoft qui ont décidé d’ajouter une mention « fabriqué par IA » sur ce type de contenu. Meta avait déjà annoncé dès 2019 travailler sur le développement d’une intelligence artificielle capable de détecter ces deepfakes… sans grande conséquence sur leur viralité.

Dispositif de surveillance

Alors que l’année 2024 s’annonce chargée en élections – plus de 60 pays s’apprêtent à élire leurs représentants, dont l’Union européenne en juin prochain – il devient primordial que les États s’arment d’un arsenal pénal digne de ce nom pour lutter contre ces phénomènes. En attendant, des outils existent pour se protéger, comme FakeCatcher, proposé par Intel, qui identifie des photos et des vidéos truquées avec un taux de précision de 96 %. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Par ailleurs, le site Wired a annoncé ce jeudi mettre en place un dispositif de surveillance de ces deepfakes à l’échelle internationale.