60 % des femmes ayant subi des violences conjugales ou sexuelles présentent un syndrome de stress post-traumatique. Ce chiffre, d’un niveau comparable à celui observé après les attentats, donne la mesure de l’urgence sanitaire que constituent les violences faites aux femmes. Face à cette réalité, un modèle inédit a vu le jour en 2016 à Saint-Denis : les Maisons des femmes. Rattachées à des hôpitaux, ces structures médico-sociales innovantes proposent une prise en charge globale, pluridisciplinaire et humaine. Mais leur efficacité est-elle prouvée ? C’est tout l’objet d’une étude universitaire en cours, nommée IROND-L et dirigée par le professeur Marc Bardou, Professeur des Universités et praticien hospitalier au CHU de Dijon.
« À quoi servent vraiment les Maisons des femmes ? »
C’est la question que pose le Pr Marc Bardou, responsable de cette évaluation scientifique. Avec une quarantaine de professionnels répartis sur cinq villes (Paris, Saint-Denis, Reims, Grenoble, Marseille), il cherche à comparer l’impact des Maisons des femmes (MdF) sur les femmes victimes de violences par rapport à celui des centres de santé classiques (centres médicaux-sociaux, Planning familial) du même département.
« Nous étudions l’efficacité de la prise en charge holistique proposée par les Maisons des femmes, qui permet de bénéficier au même endroit d’un certificat médical, d’un accompagnement social, d’un dépôt de plainte, mais aussi d’ateliers de reconstruction – sport, expression, groupes de parole… », explique-t-il à Télescope.
Cette approche « tout-en-un » a pour ambition de rompre l’isolement, simplifier les démarches et restaurer l’estime de soi dans un cadre bienveillant, en évitant aux femmes de devoir raconter à nouveau leur histoire à chaque interlocuteur.
Une évaluation rigoureuse en cours
L’étude repose sur un protocole observationnel validé par un comité d’éthique. Les femmes sont repérées grâce à un questionnaire systématique de détection des violences, même si elles consultent au départ pour des motifs très variés (contraception, IVG, dépistage, etc.). Celles qui acceptent de participer remplissent une batterie de questionnaires standardisés sur leur santé physique et mentale, dont une échelle validée du stress post-traumatique (score de 20 à 100).
« Notre critère principal, c’est l’évolution du stress post-traumatique à six mois. On mesure ce stress à l’entrée, puis à six mois. Et on compare les résultats entre celles qui ont été prises en charge dans une Maison des femmes et celles vues dans d’autres structures de santé. »
Parmi les autres critères étudiés : troubles du sommeil, consommation d’anxiolytiques ou d’antidépresseurs, passages aux urgences, insertion sociale ou professionnelle, procédures de divorce ou encore recherche de logement.
Premiers constats : un impact majeur sur le suivi
À ce stade, 200 femmes ont été incluses à l’étude (sur un objectif de 360), et aucun résultat intermédiaire n’a encore été publié. Mais une précédente étude pilote entre la Maison des femmes de Saint-Denis et deux centres municipaux avait déjà révélé que
« Le suivi à six mois est beaucoup plus élevé dans les Maisons des femmes. Les patientes y entrent dans une véritable démarche de reconstruction sur le long terme. »
Selon le Pr Bardou, l’enjeu n’est pas seulement humain, il est aussi économique : démontrer que cette prise en charge réduit la consommation globale de soins permettrait de plaider pour son extension à plus large échelle.
Prochaines étapes
L’équipe espère clore les inclusions dans les douze prochains mois, avec des résultats attendus avant fin 2026. Le professeur Bardou se montre confiant sur l’utilité de l’étude pour peser dans le débat public :
« Si on prouve que cette approche globale améliore réellement la santé des femmes, tout en réduisant la pression sur le système de soins, on pourra montrer que c’est un investissement socialement et économiquement rentable. »
Un modèle à suivre ?
Les Maisons des femmes s’imposent progressivement comme un modèle reproductible. Cette étude pourrait en fournir le premier socle scientifique d’évaluation à grande échelle. Télescope sera là pour vous donner les résultats de l’étude en primeur.