Quel futur pour Guingamp ? Gaël Roblin, conseiller municipal et candidat aux municipales, nous donne ses visions d’avenir.

Porte-parole et figure de la gauche indépendantiste bretonne, Gaël Roblin est conseillé municipal d’opposition à Guingamp depuis 2020. A la tête de la liste « Guingamp solidaire, Gwengamp skoaz-ouzh-skoaz », il prône notamment la mise en place d’un « Grand Guingamp », un élargissement de la commune qui permettrait, grâce à des pouvoirs et finances accrues, de mettre en place une police de l’habitat et une circulation des œuvres issues des médiathèques. 

À la fin de votre mandat, quels seront, pour vous, les trois changements les plus visibles dans votre commune ?

Ce qui inscrirait la commune dans le futur serait qu’elle s’agrandisse. Guingamp (environ 7000 habitants, ndlr) est, depuis 2018, insérée dans un conseil d’agglomération de 57 communes. C’est beaucoup trop. Il est important d’entamer, dans le mandat qui vient, des démarches pour mutualiser les moyens. Sinon, en terme de fonctionnement ou d’investissements, on ne pourra rien faire de nouveau. Ou ce sera marginal. Je n’ai pas peur de dire qu’on pourrait aller jusqu’à la fusion. C’est dans la tête de tous les candidats guingampais, même s’ils ne vont pas être aussi francs que moi sur cette question. Certains ont peut-être peur des conservatismes… Je les comprends. Mais il faut y aller. Il y a toute une catégorie de l’électorat, de moins de 50 ans, qui ne comprend pas qu’on n’avance pas là-dessus. Notamment avec la ceinture immédiate de Guingamp : Grâces, Pabu, Plouisy, Ploumagoar. Et même un petit peu plus loin. Il est temps que l’on se mette au tour d’une table pour discuter des avantages qu’il y aurait à créer une commune nouvelle, sans effacer, bien sûr, l’identité de chaque commune. Il est évident que l’on doit se regrouper pour élaborer des politiques culturelles plus efficientes. Au sein de la communauté d’agglomération, existe une dynamique bloquante : celle des mobilités. On ne se déplace pas sur ce territoire de la même façon quand on habite à Guingamp ou à l’intérieur des terres. Je souhaite donc la mise en place d’un réseau de lecture public, qui mettrait en réseau les médiathèques et assurerait la gratuité de l’accès à la culture. Des navettes assureraient la circulation des œuvres, étendant le champs des possibilités des empreints et, donc, de la connaissance. Le Grand Guingamp est aussi motivant sur des questions sociales. Nous avons un seul policier municipal sur une commune de 3.5km de circonférence. Je veux bien que nous en ayons deux pour assurer une continuité de service le week-end. Mais quand j’entends certains, comme Yannick Kerlogot, demander toujours plus de policiers municipaux, suggérer que ce serait l’alpha et l’omega pour répondre à un sentiment d’insécurité qui n’est pas basé sur une augmentation spectaculaire de la délinquance, je n’y crois pas du tout. Un policier municipal, c’est 30 000 euros par an. On ne peut pas en embaucher cinq. Et je ne vois pas ce qu’on leur donnerait à faire… En revanche, mutualiser les moyens sur une police de l’habitat serait intéressant. Cette police régulerait les locations de courte durée qui dérèglent l’accès au marché pour les gens qui essaient de se loger à l’année. Ce serait plus facile que de réguler commune par commune. Elle s’occuperait aussi des habitats indignes, des biens qui ne devraient pas être sur le marché. On ne leur propose jamais de le faire, mais les policiers municipaux sont assermentés pour faire des constats d’insalubrité. Mais pour tout ça, il faut donc une assiette fiscale plus importante et, donc, une commune nouvelle. Il y aurait, en plus, des dotations supplémentaires de la part de l’État. Je regrette que mes autres camarades élus du territoire soient aussi frileux. Je leur dis. Avec le sourire. Mais je leur dis.

Votre commune testera-t-elle de nouvelles technologies ?

Un équipement a été installé dans le cadre du plan de la rénovation du centre-ville, sur la place du Vally. C’est un arbre artificiel qui permet de se connecter au wifi et de recharger son portable. Je ne comprends pas pourquoi les gens qui passent par le centre-ville, pourquoi les touristes peuvent bénéficier de cet équipement et pas les habitants des quartiers populaires de Guingamp. Alors que ce sont les quartiers les plus denses, en terme de population. Là où se concentrent les 20% de la population sous le seuil de pauvreté. On est la ville la plus pauvre de la région Bretagne… Je ne vois pas pourquoi les familles de ces quartiers n’ont pas accès au wifi gratuit.

L’école est au cœur des compétences municipales. Quels changements concrets envisagez-vous pour améliorer le quotidien des élèves, des enseignants et du personnel scolaire ?

Déjà, il faudrait être vigilants au niveau du taux de remplacement du personnel non-enseignant. Tout le monde est d’accord pour mettre plus de policiers municipaux. Mais personne ne dit qu’il faut remplacer les assistantes maternelle quand elles partent à la retraite. Ensuite, la communauté éducative demande deux choses. D’abord, une végétalisation effective des espaces. De petits efforts ont été faits. Il faut aller plus loin. Et puis, ce qui est important, c’est mettre en place un parcours culturel de l’élève. Des moyens mis en place pour permettre aux écoles de se déplacer vers des lieux culturels. Parce que les mobilités, ça coûte cher. Avec la flambée des énergies, les transporteurs en profitent pour se sucrer au passage… On pourrait consacrer entre 30 et 50 000 euros par an pour aider les équipes pédagogiques à aller vers certains équipements culturels. Pour Guingamp, qui se prétend capitale de l’EAC, je trouve que ce serait très bien, très simple et très peu coûteux, comparé à ce que nous a coûté l’Institut National Supérieur de l’Education Artistique et Culturelle. C’est un incubateur intéressant. Mais en investissant un petit peu sur le fonctionnement, on pourrait changer la vie des équipes pédagogiques et rendre nos écoles attractives. Troisième chose : à Guingamp, il y a du Breton à l’école Diwan, l’école immersive associative. Ainsi qu’à l’école confessionnelle, Saint-Leonard. Mais pas à l’école publique. Je ne comprends pas pourquoi. Je pense donc qu’il faut étudier l’ouverture d’une filière publique bilingue.