Octobre Rose 2025 : les biomarqueurs circulants, une révolution en marche contre le cancer du sein

Mammographie. Crédit : Institut Curie
Mammographie. Crédit : Institut Curie

Avec plus de 60 000 nouveaux cas par an en France et 12 000 décès, le cancer du sein reste la première cause de mortalité par cancer chez les femmes. Mais une révolution est en marche. À l’occasion d’Octobre Rose 2025, l’Institut Curie vient de dévoiler les dernières avancées autour des biomarqueurs circulants et des biopsies liquides, des innovations qui pourraient transformer le diagnostic, le suivi et le traitement des patientes.

Une nouvelle arme contre la maladie

« Grâce à notre expertise dans les techniques de pointe comme les biopsies liquides, les médecins progressent à grands pas dans le diagnostic et le suivi de la maladie », souligne le Pr Steven Le Gouill, directeur de l’Ensemble hospitalier de l’Institut Curie.

Concrètement, la biopsie liquide consiste à détecter dans le sang des fragments d’ADN tumoral, des cellules cancéreuses ou encore des vésicules extracellulaires. Nettement moins invasive qu’une biopsie classique, cette technique peut être répétée régulièrement et apporte des informations d’une précision inédite : évolution de la tumeur, efficacité du traitement, risque de rechute.

Ces progrès sont le fruit de plus de vingt ans de recherche. « Nos équipes s’attachent désormais à trouver des indices moléculaires encore plus précis et à mettre au point de nouvelles techniques pour améliorer leur détection, en faisant appel notamment à l’intelligence artificielle », explique le Dr Claire Rougeulle, directrice du Centre de recherche de l’Institut Curie.

L’IA permet déjà d’analyser à grande vitesse des volumes massifs de données génomiques, d’imagerie et d’anatomopathologie (étude des modifications anatomiques provoquées par les maladies, ndlr). « Nous espérons que cette intégration de différents types de données fera mieux qu’un type unique pour diagnostiquer précisément les cancers, intercepter les rechutes et aider au développement de traitements », précise le Pr Éric Pasmant, chef du service de génétique.

Une médecine plus personnalisée

L’apport des biomarqueurs circulants se révèle décisif à plusieurs étapes : dépistage complémentaire à la mammographie, diagnostic plus précis, évaluation de l’efficacité d’un traitement en cours, ou encore détection très précoce d’une rechute.

« Les biomarqueurs circulants vont maintenant être au cœur de la stratégie de la prise en charge et du suivi des cancers des femmes », insiste la Pre Anne Vincent-Salomon, directrice de l’Institut des Cancers des Femmes. « C’est une vraie révolution dans la conception des protocoles de traitement. »

Cette précision ouvre aussi la voie à une désescalade thérapeutique : adapter le traitement à l’évolution biologique réelle de la tumeur pour réduire les effets secondaires inutiles et améliorer la qualité de vie des patientes.

Des essais cliniques prometteurs

Pour valider ces approches, l’Institut Curie mise sur de grands essais cliniques. L’étude PADA-1 a déjà montré qu’une biopsie liquide permet de détecter une résistance à l’hormonothérapie avant même les signes visibles à l’imagerie, permettant d’adapter plus tôt le traitement. L’essai SERENA-6 ouvre la voie à un nouveau médicament contre ces résistances.

D’autres projets suivent : CUPCAKE, qui vise à détecter très tôt une récidive dans les cancers du sein triple négatif, ou encore ALCINA, qui permettra à 200 patientes à haut risque d’accéder à ces techniques novatrices de suivi.

« Nous avons été les premiers à développer le concept d’interception des résistances au traitement grâce à l’ADN tumoral circulant », rappelle le Pr François-Clément Bidard, directeur du Centre d’Investigation Clinique 1428. « Ces essais devraient changer concrètement le devenir des patientes. »

Une révolution et beaucoup d’espoir

Au-delà des chiffres, le parcours de Ludivine Ernoult, 38 ans, illustre l’impact déjà tangible de ces innovations. Diagnostiquée d’un cancer du sein triple négatif en 2021, elle a pu bénéficier d’un essai clinique basé sur l’ADN tumoral circulant.

« Ma deuxième prise de sang a détecté une rechute alors que l’imagerie n’avait rien trouvé. J’ai eu une chance inouïe d’avoir un diagnostic précoce », raconte-t-elle. Grâce à cette détection rapide, Ludivine a pu entrer immédiatement dans un protocole adapté. Aujourd’hui, elle est en rémission. « Je suis l’incarnation que les recherches sur l’ADN tumoral circulant sont bénéfiques. Sans elles, je ne serai pas là. »

L’Institut Curie, en lien avec ses partenaires académiques et industriels, continue d’investir massivement pour transformer ces avancées scientifiques en bénéfices concrets pour les patientes. Si tout n’est pas encore validé scientifiquement à grande échelle, le potentiel est immense : dépistage amélioré, traitements sur-mesure, qualité de vie accrue.

Dans la lutte contre le cancer du sein, la révolution pourrait bien venir de quelques millilitres de sang.