Fondée en 2023, la start-up Chat3D a pour objectif annoncé de « rendre la création aussi simple et naturelle qu’une discussion. » Après avoir annoncé une levée de fonds de 3 millions d’euros le 29 septembre, Félix Balmonet, PDG et cofondateur de la compagnie lyonnaise, dévoile que la version grand public sera disponible ce 7 octobre. Entretien.
Comment est né Chat3D ?
Felix Balmonet : Avant Chat3D, mon associé Glenn Avezoux et moi-même avons travaillé sur un autre projet de start-up, autour des imprimantes 3D. En interrogeant des utilisateurs, on s’est rendu compte que le point faible de ces machines était le logiciel qui servait à imprimer, à créer des modèles 3D. On a cherché des solutions et on s’est aperçu que des choses intéressantes commençaient à émerger au niveau de l’intelligence artificielle. On a fait nos recherches, puis une première preuve de concept. En 2024, on l’a présentée au CES de Las Vegas. Il y avait un vrai attrait de la part du public. Dans un premier temps, on a décidé de se sectoriser au monde de la créativité, du jeu vidéo, du cinéma d’animation. Maintenant, on s’ouvre avec une version qui sera disponible au grand public très bientôt. Puis on a une autre version pour des industriels : les entreprises du luxe, de l’automobile, de l’architecture.
Vous dites que votre but est de « rendre la création aussi simple et naturelle qu’une discussion. » Qu’entendez-vous par création ?
Il est très compliqué de retranscrire une idée en 3D. Il vous faut un logiciel où vous devez modéliser étape par étape ce que vous avez en tête. On estime que c’est dix fois plus complexe que Photoshop. Notre objectif est que créer en 3D soit aussi simple que dessiner avec un crayon. Comment ça se matérialise ? Grâce à Chat3D, si vous voulez créer une chaise, vous n’avez plus qu’à la décrire textuellement. Le logiciel va comprendre votre demande et la recréer en 3D. C’est aussi simple que cela. On peut aussi faire ça à partir d’une photo.
Vous annoncez, en effet, que Chat3D développe une technologie d’intelligence artificielle générative capable de transformer, en quelques secondes, une simple photo, un dessin ou une description textuelle en un modèle 3D prêt à l’emploi. Des studios de jeux vidéos et des entreprises utilisent déjà ce genre d’outils. Depuis quand ?
On a commencé à commercialiser à la fin de l’année dernière. Dans les studios de jeux vidéos, des artistes 3Ds passent leurs journées à faire des dessins en 3D, à essayer d’exprimer ce qu’ils ont dans leur tête. Grâce à notre logiciel, un objet qui mettrait 8 heures à être modélisé, peut être sorti en deux minutes. Après, l’artiste va perfectionner, professionnaliser ce que le logiciel propose. Mais en une heure et demi, c’est plié. L’artiste peut faire plus d’objets et surtout aller plus loin, mieux exprimer ce qu’il a en tête. On simplifie le processus.
Vous dites que vous voulez que « ceux qui n’ont aucune compétence puissent créer en 3D facilement. » Quel impact Chat3D peut-il avoir sur la création ?
Pour les jeux vidéos, le cinéma d’animation et la réalité virtuelle, ça ouvre des boulevards de possibilités. Prenez Toy Story : ça avait été fait en 3D par Pixar. C’était le premier film de ce type. Chaque petit objet a nécessité qu’un artiste 3D passe des heures dessus. A la fin, on a un temps de production extrêmement long. Le fait de pouvoir produire plus de contenus va permettre de réduire les temps de production et donc de pouvoir créer des univers beaucoup plus riches. C’est extrêmement prometteur. Le grand public, lui, a jusqu’à présent très peu accès à la création 3D. Si je vous dis d’imaginer une girafe, vous la voyez en 3D, pas toute plate. L’humain pense en 3D. Il est juste limité par les logiciels actuels. Beaucoup ont reçu des imprimantes 3D à Noël qui prennent la poussière sur des étagères, à cause de l’absence de logiciels qui permettent d’imprimer aussi facilement que sur du papier. Nous allons bouleverser ça.
Avez-vous créé des objets vous-même ?
Avec des copains, on est allé à IKEA. On a pris des meubles en photo, puis on est allé sur Chat3D pour les transformer. On a regardé si ça allait dans notre salon. On ne les a pas imprimé parce qu’un meuble dans une imprimante 3D, c’est un peu gros ! Mais on connaît, par exemple, des passionnés de Star Wars qui font des captures d’écran d’un de leurs personnages favoris, les mettent dans Chat3D et les impriment pour faire des figurines. C’est un convertisseur d’idée. Sur la version grand public, il y a une barre, comme sur Google, dans laquelle on peut taper des choses précises. Par exemple, si quelqu’un fait un échiquier, il peut demander que son cavalier porte un chapeau, que sa crinière soit rouge ou plus fournie. Les modifications sont intégrées de manière dynamique. Comme si une personne dessinait et intégrait vos retouches. Parmi nos clients, nous avons une célèbre marque de luxe. Grâce à nous, ils peuvent faire des petites esquisses de flacons sur du papier, les mettre dans le logiciel, puis transformer ce dessin avec un style plus fantastique. En deux minutes, ce flacon en 3D est créé sur l’ordinateur. Puis ils transfèrent ça à l’imprimante 3D qui produit un premier prototype. Et ils l’ont dans leur main. Ils gagnent des heures, même des journées sur ce processus. On a fait des tests dans des écoles où des enfants font des dessins à la main et sortent un objet, quelques minutes plus tard. C’est assez magique !
Quand est-ce que la version grand public sera disponible ?
La version publique est en cours de déploiement dès aujourd’hui. La version finale sera en ligne ce mardi 7 octobre au matin. Il s’agira d’une version simplifiée par rapport à l’édition professionnelle, conçue pour être plus intuitive. Elle permettra par exemple de générer un modèle 3D en deux minutes à partir d’une image ou d’une description textuelle.
Vous venez d’annoncer avoir levé trois millions d’euros. Auprès de qui et à quoi vont-ils servir ?
Nous avons levé trois millions d’euros auprès de Mesh Ventures, Campus Fund et Innov’Alpes. Ces fonds vont principalement soutenir notre développement commercial dans les prochains mois, afin d’ouvrir notre technologie au grand public et d’explorer notamment le marché de l’industrie. Une grande partie sera également dédiée à la recherche et au développement, pour accélérer la sortie de nouvelles fonctionnalités et améliorer encore les performances de notre technologie.