Désormais plus proche que jamais de Donald Trump, Elon Musk est toujours un peu plus proche de réaliser son rêve : faire en sorte que le futur de l’humanité s’écrive, au moins en partie, sur la planète Mars. Sauf qu’il pourrait y avoir un problème : concevoir des enfants est-il possible sur une autre planète ?
Il le disait en Septembre : « Elon, fais décoller ces fusées, on veut aller sur Mars avant la fin de mon mandat ! » Il, c’est bien sûr Donald Trump, aligné avec le patron de SpaceX sur son projet de s’envoler vers la planète Mars d’ici 2028 et d’y établir une communauté auto-suffisante dans les deux prochaines décennies. S’il entend coloniser ce nouveau monde comme ses ancêtres ont colonisé l’Amérique, il va falloir commencer à sérieusement se demander si les humains peuvent concevoir d’autres humains hors de leur habitat naturel. À cela, un article de National Geographic répond que « personne ne sait vraiment si les Hommes peuvent se reproduire avec succès dans l’espace, que ce soit lors d’un vol spatial ou sur une autre planète. » Pour Pierre Denise, coordinateur du programme SpaceMed à l’université de Caen, l’humanité manque encore de données pour répondre à cette grande question. Il serait, selon lui, « très hasardeux d’extrapoler » ce que l’on sait déjà. Et que sait-on, au juste ? Tout d’abord, que la copulation serait, malgré la gravité, tout à fait possible. « Elle serait même facilitée là-haut, assure Bernard Comet, ancien médecin des astronautes et ingénieur aérospatial. La pesanteur des corps disparaît. Dans les années 80, des plaisantins disaient qu’on pourrait utiliser des élastiques anti-éloignement afin de maintenir des copulateurs l’un contre l’autre. Bref, je ne pense pas qu’il y ait de difficultés à ce niveau. Qu’en résulte du plaisir, c’est une autre histoire… »
Des rats, des salamandres
Si aucune expérience entre deux humains copulant en gravité n’a officiellement été menée jusqu’à présent, de nombreuses autres espèces ont fait l’objet d’études. Dans son papier, National Geographic cite, par exemple, des chercheurs japonais qui auraient « découvert que des spermatozoïdes lyophilisés de souris pouvaient encore produire des embryons après avoir passé neuf mois dans l’espace. » D’autres, auraient démontré que les criquets sont capables de se reproduire dans l’espace et il est avéré que des poissons médaka se sont accouplés à bord de la navette Columbia avant d’y donner naissance à des petits. Des expériences russes à bord de la station Mir ont connu moins de succès : des œufs de salamandre fertilisés ont produit des embryons qui se sont développés en larves, oui, mais atteintes de malformations, et des œufs de caille placés dans un incubateur ne sont pas parvenus à s’y développer normalement. En 1979, déjà, l’URSS envoyait en orbite plusieurs rats à bord du satellite Kosmos 1129. À leur retour, il ne faisait aucun doute que ces rongeurs avaient été les premiers à s’accoupler dans l’espace. Mais aucune naissance n’en découla. Dans les années 2010, une scientifique de la NASA reproduit une expérience similaire. Après avoir envoyé des rates gestantes dans les étoiles, elle observa que le vol spatial avait eu incidence sur la fin de leur gestation mais la mise-bas, aux USA, se déroula sans encombre. Deux décennies plus tôt, pourtant, une équipe de chercheurs montpelliérains tirait des conclusions différentes. « Ils avaient fécondé des rates avec une chronologie très précise afin que l’oreille interne se développe durant le vol, raconte Comet. Ils voulaient voir si l’absence de gravité modifiait l’oreille interne. Ça a été assez démonstratif : les rats nés après la maturation de l’oreille interne en microgravité étaient incapables de marcher correctement à leur retour sur Terre. Dans le ventre gestant, vous êtes soumis à la gravité. C’est une force physique appliquée même lorsque l’on est en flottaison. En retournant à la gravité, le bébé peut avoir une oreille interne totalement désadaptée. »
Radiations = malformations
Mais pour Comet, il est un problème plus important, qu’il va jusqu’à qualifier de « quasiment insoluble. » Avant chaque mission spatiale, les astronautes de sexe féminin du monde entier sont soumises à un test de grossesse. Si le test s’avère positif, leur participation est annulée. Pourquoi ? Parce que l’espace est en permanence balayé de radiations qui « toucheraient le matériel génétique, les chromosomes, les chaînes ADN et provoqueraient des ruptures, explique le space doctor. Se lancer dans une gestation reviendrait à prendre un risque majeur de malformation au début de l’embryogenèse. Quand l’ovocyte commence à se multiplier, il offre une surface assez importante aux radiations. Et vu l’arrosage de particules ionisantes qu’on met, c’est quelque chose que l’on veut éviter. » Les habitants de la Terre sont protégés des radiations par la magnétosphère et par l’épaisseur de la couche atmosphérique, « qui stoppe pratiquement toutes les radiations qui viennent du soleil ou de l’espace profond, rappelle Comet. On est cent fois moins irradié sur Terre. Quand une astronaute femme a volé dans l’espace, on lui recommande d’attendre six mois avant d’essayer d’avoir un enfant. »
Et si nous vivions sous Mars ?
Pour Pierre Denise, aucune des expériences susnommées ne peuvent attester de la viabilité de la procréation humaine sur Mars. « Mais elles ne démontrent pas que ce n’est pas possible non plus, nuance-t-il. Tant qu’on n’a pas vraiment essayé, on se saura pas ! » Bernard Comet, lui, estime qu’il serait faux d’assurer que les écueils cités « empêcheraient des colonies de s’installer sur Mars ou ailleurs. Ça n’interdit pas la création de populations extraterrestres. Il suffira de les protéger en les enterrant, de creuser des habitats sous Mars qui permettrait d’atteindre des niveaux de radiations équivalents à ceux qu’on a sur Terre. » Les rêves de grandes cités sous bulles de verre permettant d’observer les étoiles comme depuis une plage thaïlandaise disparaîtraient. De toute façon, Denise estime qu’aucun humain ne foulera le sol martien avant 2035. Une base permanente n’y serait pas installée en quelques jours. L’expérience devra donc attendre. « Si on prend des précautions, même avec une gravité d’un tiers, ce n’est pas impossible de se protéger contre les risques identifiés, conclue Comet. Mais c’est aussi une question d’éthique. Actuellement, c’est inadmissible. » Il faudra donc un couple de volontaires prêt à risquer le sacrifice de leur enfant. Ce qui pourrait tourner, au mieux, comme un film de Steven Spielberg. Au pire, comme un film de David Lynch.