Protéger les pieds de vigne tout en réduisant l’utilisation de produits phytosanitaires, on crie Eurêka ? C’est en tout cas ce que vient de concéder le jury du célèbre CES ( Consumer Electronics Show) de Las Vegas en attribuant à la startup Bienesis le prestigieux « Best of Innovation Award » pour leur dispositif nommé Canopée, une couverture intelligente qui se déploie au-dessus des rangs en cas, par exemple, de grêle ou de fortes pluies. Télescope a échangé avec François Lemaire, fondateur de Bienesis et inventeur du système.
Dans la nuit du 5 janvier, à Las Vegas, la jeune pousse auvergnate Bienesis a franchi un cap symbolique. Comme le rapportent nos confrères de “La Montagne”, l’entreprise basée dans le Puy-de-Dôme a décroché le très convoité Best of Innovation Award dans la catégorie Food Tech lors du CES, l’un des salons technologiques les plus influents au monde. Une première pour l’Auvergne, et un signal fort envoyé à toute la filière agritech française.
« C’est assez incroyable, confie à Télescope François Lemaire, le fondateur de Bienesis, le CES de Las Vegas est le plus gros salon international de l’innovation, on a déposé notre dossier parmi des milliers de candidatures, c’est une excellente surprise .» Ce prix fait partie des douze distinctions les plus prestigieuses du salon, qui réunit chaque année plus de 140 000 participants et des milliers d’exposants venus du monde entier.
Une canopée technologique au service du vivant
L’innovation primée s’appelle Canopée : un système de protection intelligent destiné aux vignes, capable de se déployer à la demande au-dessus des rangs pour faire face aux épisodes de grêle, de fortes pluies, de gel ou de stress solaire. Contrairement aux filets ou aux structures fixes déjà existantes, Canopée a été pensée pour s’intégrer discrètement au vignoble. Repliée, elle se fait oublier et laisse circuler sans contrainte les engins agricoles.
« L’intérêt même de notre solution, par rapport à des serres tunnels par exemple, c’est de conserver le lien avec la nature », explique François Lemaire. « Le système ne se déploie que lorsque c’est nécessaire. On a des algorithmes basés sur des prévisions météo et des capteurs qui nous permettent d’ultra-cibler les déploiements. Sur les deux saisons d’expérimentation qu’on a derrière nous, en 2024 et 2025, on a déployé entre 13 et 19 fois les systèmes sur les deux sites équipés, et chaque fois on a quasiment doublé la récolte. Le reste du temps, il est replié, invisible, sans interaction avec le végétal. »
Pilotée via une application, la Canopée s’appuie sur des algorithmes de prévisions météo et des capteurs de terrain pour cibler très précisément les moments de déploiement. La **toile, fabriquée à partir d’un textile technique enduit, couvre six mètres linéaires et 1,20 mètre de large, dont le brevet a déjà été déposé.
Moins de phytos, plus de résilience
Au-delà de la protection climatique, Bienesis revendique un impact direct sur la réduction de l’usage des produits phytosanitaires : « Il y a certes la lutte contre le mildiou, mais on va limiter l’utilisation de tous les produits phytosanitaires, notamment en agriculture bio ou raisonnée, qui sont des produits de contact, des produits dits lessivables, c’est-à-dire qu’à chaque fois qu’il pleut, avec des précipitations supérieures à 15-20 mm, le produit coule, la plante n’est plus protégée et la maladie se développe. Avec une barrière physique au bon moment, on peut non seulement limiter la propagation lors de ces grosses pluies mais aussi faire durer les produits plus longtemps et donc réduire le nombre de passages d’engins et la quantité de produits utilisée. », détaille François Lemaire. « Avec une barrière physique déployée au bon moment, on limite la propagation des maladies et on fait durer les traitements plus longtemps. »
Résultat : moins de passages d’engins, moins de produits utilisés, et une viticulture plus sobre. Les premières expérimentations menées avec des viticulteurs partenaires montrent des gains de rendement allant de +23 % à +129 % selon les parcelles, avec jusqu’à 50 % de jus supplémentaire.
Une innovation encore en expérimentation
Si l’intérêt est bien réel, Bienesis avance avec prudence. « Nous ne sommes pas encore en phase de commercialisation », souligne le fondateur. « Le produit est à un stade de maturité pré-industrielle. » OK, tout ceci est très beau sur le papier, mais avec une couverture linéaire de seulement 6 mètres linéaires par engin Canopée, le coût de couverture de tout une exploitation ne sera-t-il pas inaccessible pour les vignerons ? Nous avons posé la question du prix par unité, mais n’avons pas pu obtenir de réponse : « Il n’y aura sans doute jamais de prix catalogue, car chaque viticulteur a un contexte différent, n’a pas la même accessibilité et configuration de parcelle. » La startup nous dit miser sur du sur-mesure. En attendant, elle poursuit ses tests dans tous les bassins viticoles français, tout en recherchant des partenaires à l’international.
Autre enjeu clé : la compatibilité avec les appellations AOC. « Les AOC sont là pour garantir qu’on ne fasse pas n’importe quoi », rappelle François Lemaire. « Nous avons donc co-construit un cahier des charges, une procédure est en cours avec l’INAO, et les viticulteurs qui expérimentent avec nous conservent leur appellation le temps de collecter suffisamment de données. »
Une alternative pour l’agriculture de spécialité
Pour Bienesis, l’enjeu dépasse la seule viticulture. « L’agriculture de spécialité est aujourd’hui face à deux options : cultiver en plein air en subissant les aléas climatiques ou couvrir et rompre le lien avec la nature », résume François Lemaire. « Nous proposons une voie alternative, compétitive, qui protège sans enfermer. »
Récompensée à Vegas, la Canopée apparaît ainsi comme l’un des visages possibles d’une agriculture du futur : technologique, adaptative et réconciliée avec le vivant. Alors, si vous êtes vigneron-ne et que vous souhaitez tenter l’expérience, rendez-vous sur Bienesis, vous vous ferez votre propre idée !