Cette année, maints entrepreneurs issus de la French Tech sont en campagne pour les municipales. Vianney Raskin est l’un d’eux. En 2018, il co-fondait Citron, une plateforme big data et IoT de management des consommations d’énergie. Depuis 2020, il fait partie de l’équipe du maire LR de Suresnes, Guillaume Boudy, qui brigue un nouveau mandat ce mois-ci. Troisième sur sa liste, le trentenaire ambitionne de faire de la commune des Hauts-de-Seine une ville à la fois plus verte, plus sûre et plus technologique.
En venant du milieu de la tech, que pensez-vous pouvoir amener à Suresnes ? Pourquoi vous êtes-vous engagé ?
En tant qu’entrepreneurs, nous sommes formés à résoudre des problèmes assez concrets. La politique, finalement, c’est ça : résoudre les problèmes des gens pour pouvoir améliorer leurs cadres de vie. A Suresnes, on a une formule : dire ce qu’on va faire, faire ce qu’on dit et en rendre compte. C’est aussi ce qu’il faut faire dans une start-up. Que ce soit vis-à-vis de ses salariés, de ses collaborateurs ou de ses clients. L’entreprise apprend à décider vite, à tester, à s’améliorer en continu. Cet esprit d’action peut faire du bien au domaine pubic. Même si je ne pense pas qu’une ville se gère de la même manière qu’une start-up ! Après, s’engager localement permet aussi de rendre ce qu’on nous a donné. L’une des premières personnes que j’ai été voir après avoir déposé les statuts de ma société était Christian Dupuy, l’ancien maire de Suresnes. Il a tout fait pour m’aider. C’est aussi ça qui m’a donné envie de m’engager en politique.
Quelle place les nouvelles technologies occuperont-elles dans votre commune si votre liste l’emporte ?
Une bonne technologie n’est pas une technologie visible, mais une technologie utile. Si cela fonctionne bien, les habitants ne la remarquent même pas. La technologie doit être tout sauf un gadget ou un argument de campagne. Cela doit être un outil d’aide à la décision, au pilotage budgétaire, d’aide au pilotage des services que l’on peut proposer aux habitants. Dans les axes importants pour nous, il y a évidemment la sécurité. On compte déployer une brigade à dos de motos électriques et mettre en place des bornes qui permettent de rentrer en contact tout de suite avec les forces de l’ordre. On compte aussi intégrer l’intelligence artificielle au CSU, le Centre de Surveillance Urbain, qui pourra permettre de détecter et de verbaliser automatiquement les dépôts sauvages, par exemple. Les technologies doivent aussi rendre le quotidien des habitants plus facile. Tout un tas d’outils numériques permettront de simplifier les démarches, notamment celles liées au stationnement. L’implémentation de l’IA peut aussi faire gagner des services en efficacité.
À quoi ressemblera votre commune au terme de cet éventuel mandat, en 2033 ? Quels seront les changements les plus visibles dans votre commune ?
Le Suresnes de demain est une ville qui sera plus sécurisée, plus propre au niveau de l’environnement. Où la consommation énergétique des bâtiments publics aura diminuée de manière très importante. Où les énergies, notamment dans le réseau de chauffage urbain, auront changé. Où la technologie aura permis d’accélérer la transition énergétique. Par exemple, sur l’éclairage public. Ce serait une ville avec des mobilités innovantes : on va tester une navette électrique autonome, mettre en place des scooters électriques en libre service. Notre objectif est que chaque habitant voit concrètement une différence dans son quotidien. Qu’ils aient une ville plus agréable, même si Suresnes est déjà agréable à vivre. On compte aussi remettre de la nature en ville. On a un projet de réaménagement des berges de Seine, d’un certain nombre de places publiques, de l’entrée de ville et de grandes voies. Ce sera aussi une ville qui s’adaptera aux grands changements, climatiques comme démographiques, parce qu’un vieillissement de la population va avoir lieu. Ce sera une ville avec plus de végétalisation, plus fluide, avec des mobilités douces et des transports plus faciles d’accès. Le tout, avec une gestion toujours aussi rigoureuse. Depuis 2014, on a su diminuer la dette de la ville de 100 à 40 millions d’euros. Cela nous permettra de financer un certain nombre de projets. On va refaire deux gros espaces de vie de la ville : la piscine et l’école des Raguidelles. On va aussi travailler sur la santé. Je pense qu’on à la fois l’expérience et l’ouverture d’esprit pour continuer à mener des projets pour les Suresnois.
Pensez-vous que de plus en plus d’entrepreneurs issus de la tech entreront en politique en France à l’avenir ? Quel impact cela pourrait-il avoir sur la politique française ?
Je n’ai pas de boule de crystal mais j’observe que c’est déjà le cas depuis un certain nombre d’années, que ce soit des entrepreneurs ou des chefs d’entreprise issus de grands groupes ou de toutes petites start-ups. Un mouvement en ce sens est en marche. Tout porte à croire qu’il pourrait perdurer et je pense que c’est une bonne nouvelle pour notre démocratie. Ils apportent des choses qui, souvent, sont nouvelles dans les communes : une culture de l’innovation, une culture de l’efficacité. La règle, que ce soit en politique ou dans les entreprises, est la même : la seule chose qui compte, c’est le client. Dans une ville, le client, c’est l’habitant.