Agé de 32 ans, Clément Trichon représente La France Insoumise aux municipales d’Aubenas. Issu du secteur de la tech, il entend mettre en place en Ardèche une ville dite insoumise, numériquement souveraine, végétalisée partout et où les habitants recevraient plusieurs mètres cubes d’eau gratuits.
À la fin de votre mandat, quels seront, pour vous, les changements les plus visibles dans votre commune ?
L’avenir nous préoccupe énormément. Que ce soit celui de la jeunesse ou celui de l’environnement. Du fait des présidentielles en 2032, ce mandat va durer 7 ans. A la fin, si nous sommes élus, la ville d’Aubenas aura été extrêmement végétalisée. Une végétalisation a déjà eu lieu, comme dans beaucoup de villes moyennes en France, mais uniquement au centre-ville. Au delà de cette façade, des belles ruelles, des pierres apparentes, il n’y a plus rien. On habite dans du béton. Dans les quartiers, on vit dans des barres d’immeubles indignes, où il fait soit trop chaud, soit trop froid. Nous entendons les rénover, mieux les isoler. Et dans 7 ans, il y aura des points de végétalisation dans tous les quartiers. La ville embrassera aussi les nouvelles technologies au niveau des déplacements. Je suis conducteur de voiture électrique et, à Aubenas, on a un vrai problème au niveau des transports. On a des bus qui ne passent pas, des arrêts à 5 minutes de voiture. Il faut les rapprocher des habitants. Sinon, ils ne prennent pas le bus. En partenariat avec l’agglomération, on voudrait donc développer un nouveau réseau de bus. On achèterait des bus électriques. La topographie d’Aubenas fait qu’il y a énormément de petites ruelles, très pentues. On n’a pas besoin de bus de 200 places, juste de mini-bus, adaptés à une population de 12 500 habitants. Mais on veut un service fiable.
Votre commune testera-t-elle de nouvelles technologies ?
On veut opérer un changement au niveau des ordinateurs de tous les services municipaux : en finir avec la dépendance à Windows. En réponse aux menaces de monsieur Trump, aux menaces d’envahir le Groenland et à l’ultra-capitalisation de Microsoft, on ne veut plus être dépendants aux Américains sur les nouvelles technologies. Je suis moi-même employé dans la tech française, dans une PME de 20 employés. Dans la tech française, on a de l’IA, avec Mistral ; des solutions locales de gestion de la relation client ; de marketing automation ; des solutions de paiements… On aimerait mettre ces compétences au service d’Aubenas. On veut aussi recentrer les données et les protéger. Aujourd’hui, on subit des opérations de piratage informatique presque tous les jours. C’est arrivé à la Banque de France, ça peut arriver à une commune de 12 500 habitants. Nous aimerions donc protéger la ville de failles informatiques en renforçant sa cyber-sécurité. Dans 7 ans, j’espère qu’Aubenas aura acquis la souveraineté numérique.
Prévoyez-vous que votre commune expérimente des dispositifs innovants ?
Contrairement à ce qu’aimerait faire croire le ministre de l’Intérieur, nous ne sommes pas à l’extrême-gauche, mais nous sommes une liste de gauche radicale, réformatrice, qui veut changer la manière dont sont pensées les villes. Cela passe, bien sûr, par de la gratuité.. A Aubenas, 25% de la population vit sous le seuil de pauvreté. C’est quelque chose qu’on ne tolère plus. La cantine sera donc gratuite, locale et bio, en partenariat avec les producteurs locaux. On veut que ce soit fait le plus vite possible pour redonner du pouvoir d’achat aux habitants et aux habitantes. On a aussi une régie communale de l’eau qui nous permettra d’offrir les premiers mètres cubes d’eau gratuits. Ce qu’on appelle les « mètres cubes d’eau dignes. » Pas seulement pour boire, mais aussi pour se laver et laver ses vêtements. Après 15 à 20 mètres cubes, on mettra en place un tarif progressif. Plus vous consommez, plus vous payez. Vous avez une piscine à remplir ? Vous pouvez. Mais ça coûtera plus cher. Parce qu’en Ardèche, en pleine période de réchauffement climatique, les canicules s’enchaînent. La ville est un four. On doit donc veiller à ça pour le bien-être de tout le monde et parce que l’eau de l’Ardèche est une eau commune à tout le monde que l’on doit préserver.
L’école est au cœur des compétences municipales. Quels changements concrets envisagez-vous pour améliorer le quotidien des élèves, des enseignants et du personnel scolaire ?
Notamment à cause des politiques néolibérales de l’État, des budgets d’austérité, les communes et collectivités territoriales ont moins de budget. A Aubenas, on a par exemple de gros problèmes au niveau de l’accompagnement d’élèves en situation de handicap. Il y a aussi un manque de matériel. Les élèves n’ont pas les outils adaptés à leur handicap et c’est intolérable. Puis le personnel municipal n’est pas formé à gérer ces contraintes. En tant que liste insoumise, on s’engage au contrôle rigoureux des encadrants, du périscolaire et de l’extra-scolaire, avec la mise en place de contrats non précarisants. En plus d’être gratuite, locale et bio, la cantine doit aussi être adaptée. Certains enfants n’y vont pas car il n’y a pas d’options halals ou végétariennes. Ils se retrouvent à manger deux yaourts et un friand au fromage… On ne l’accepte pas : on mettra en place des solutions halals et végétariennes à chaque repas. Et casher, s’il y a des demandes. Une ville insoumise est une ville qui se responsabilise, écoute ses habitants – grâce à des referendums d’initiative citoyenne et des votations citoyennes, ouvertes aux habitants dès 16 ans et aussi aux étrangers – et qui s’adapte aux besoins de chacun et chacune.