En France, les programmes de réalité augmentée pour aider les patients à surmonter les symptômes de la maladie de Parkinson se multiplient. Parmi elles, l’entreprise KineQuantum commercialise casques et capteurs qui permettent de plonger les patients parkinsoniens dans des environnements simulés.
Automne 2024. Dans une froide rue de l’île de Nantes, un jeune homme brun en blouse blanche reçoit un coup sur le crâne. L’agresseur ? Un septuagénaire droit et svelte qui n’avait pourtant rien à reprocher au stagiaire de ce cabinet de kiné. Et n’avait en rien l’intention de le heurter. « Il essayait de couper des fruits et des légumes qui tombaient du ciel, explique la kinésithérapeute Hélène Souty, en contenant un éclat de rire. Le patient faisait des mouvements tellement amples que mon stagiaire s’en est pris une ! Ce n’était pas très fort, il n’y a pas eu mort d’homme, mais il a quand même pris un coup ! C’était cocasse. » Le patient en question portait un casque de réalité virtuelle et, des manettes blanches dans ses mains ridées, jouait donc à un jeu visant à atténuer les symptômes d’un fléau qui touchait en 2022 environ 273,600 personnes en France : la maladie de Parkinson. « En fait, il y a des maladies de Parkinson, plutôt qu’une seule, nuance Souty. Il s’agit donc d’une maladie neuro-dégénérative qui atteint une petite partie du cerveau. Les neurones sécrètent de la dopamine qui permettent les mouvements automatiques, appris dans l’enfance. Avec cette pathologie, ces automatismes sont perturbés. On peut avoir des tremblements, une raideur, une perte de mouvements, une lenteur. Certains patients décrivent un carcan, ou une armure. »
Éviter des branches
Quand Hélène Souty a obtenu son diplôme en 1991, cette pathologie était encore idiopathique : « on ne savait pas du tout d’où elle venait. » A l’aube de 2025, elle demeure mystérieuse et on ne guérit toujours pas de Parkinson. On ne peut que soigner ses symptômes, détendre le carcan qu’elle impose, principalement en faisant de l’exercice. À partir de six à sept heures par semaine, l’activité physique serait, selon l’experte, « neuro-protectrice. » Les patients dits parkinsoniens font donc pas mal de gym, de vélo, de tennis, d’exercices en piscine et, depuis cinq ans, de plus en plus de jeux de VR. « Ces exercices ludiques permettent de faire travailler une partie du corps sans que le patient s’en rende vraiment compte, explique Souty. Les patients ne sont plus dans le cabinet de kinésithérapie qu’ils ont l’habitude de voir. Ils sont dans une jungle, sur un bateau. Comme ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils font, ils ont moins peur. » Selon le site de l’entreprise Kinequantum, la réalité virtuelle aide les patients à surmonter ce qu’on appelle la kinésiophobie « en proposant des environnements virtuels contrôlés et personnalisés. » Dans un coin, les praticiens comme Souty observent ce que voient les patients sur une tablette et peuvent gérer la vitesse du jeu ou l’amplitude des mouvements qu’il requiert. «Certaines patientes sont plus craintives que mes patients masculins, révèle-t-elle. Alors on mets en place un dispositif autour d’un jeu très simple, qui consiste à faire des petits squats. Dans la réalité virtuelle, le patient se baisse pour éviter des branches dans la jungle. » Un autre jeu propose une séance de tirs aux buts dans laquelle les patients jouent les gardiens de football. D’autres, se font en musique. « Il faut taper sur différentes couleurs, de chaque côté. En même temps, des cadres tombent des murs et il faut les éviter. »
Parkinson en dansant
Désinhibés, les patients crient, se trémoussent dans leur raideur, dansent et chantent. Ils prennent confiance et se sentent plus libres. « Ils oublient qu’on les voit et se prennent au jeu, complète l’experte. S’il faut se baisser, lever un pied, aller à droite ou à gauche, ils le font. Ils n’ont pas de problèmes quand la difficulté augmente à un niveau qui leur poserait problème d’habitude. » Comme si bouger dans la réalité virtuelle était plus facile que dans la réalité physique. « C’est de la rééducation intensive que l’on prodigue. En durée, ils iraient moins loin sans le jeu. Après, les patients me disent qu’ils ont des courbatures. Cela prouve que le muscle est allé plus loin et ça, c’est très intéressant. » Pour Wired, ce genre de thérapies pourrait même pallier à un manque de kinés. Dans leur article, Matt Ross, diagnostiqué comme souffrant de la maladie de Parkinson à l’âge précoce de 36 ans et désormais head of brand and creative strategy de Stroll, compagnie pionnière en la matière, explique que la réalité virtuelle permet de combattre « la dépression et l’apathie » qui peuvent s’abattre sur certains patients. Tout le monde n’a pas envie d’aller faire de l’exercice dans une rue de Nantes. Mais – virtuellement – tout le monde aime jouer, non ?