Après les incendies en Gironde, le Parti animaliste réclame la création d’un dispositif national de protection des animaux face aux catastrophes naturelles. Intégration des animaux aux plans ORSEC, évacuations, fonds d’urgence, formation des pompiers : sa coprésidente Béatrice Canel Depitre détaille pour Télescope les mesures défendues par le mouvement.
Comment est née cette lettre ouverte au gouvernement ?
Béatrice Canel Depitre : Quand une forêt brûle, on pense bien sûr aux habitants, aux pompiers, aux maisons. Mais derrière les flammes, des centaines de milliers d’animaux, d’élevage, sauvages ou domestiques, sont pris au piège dans un silence presque total. Beaucoup vont périr brûlés, asphyxiés, ou mourront plus tard de leurs blessures. Ceux qui survivent sont perdus, désorientés, privés de nourriture et de refuge. Leur habitat est détruit. Les incendies ne ravagent pas seulement des hectares de forêts, ils bouleversent durablement la vie des animaux. Tout ceci révèle une faille de notre protection civile. On a organisé le secours des personnes, mais pratiquement jamais celui des animaux. Le Parti animaliste propose donc de faire de la protection des animaux une véritable mission des pouvoirs publics. C’est dans ce sens-là qu’est née notre lettre ouverte, dans la mesure où l’on sait que les catastrophes climatiques vont devenir de plus en plus fréquentes. Aujourd’hui, quand une catastrophe survient, tout repose sur les associations, les centres de soins, les vétérinaires, les bénévoles. L’État, lui, ne dispose d’aucune véritable stratégie nationale de protection des animaux. Il est grand temps que les animaux cessent d’être oubliés des stratégies de protection civile. Ils ne meurent pas seulement des flammes, ils meurent de notre impréparation totale à ces catastrophes. On demande donc la création d’un véritable dispositif national de protection des animaux en cas de catastrophe, notamment avec l’intégration systématique des animaux dans les plans ORSEC, comme on le fait pour les personnes vulnérables. Il faut établir des plans locaux d’évacuation, de transport et d’accueil.
Vous appelez à l’intégration systématique de tous les animaux dans les plans ORSEC et les autres dispositifs de gestion des crises. Il faudrait donc que chaque animal soit répertorié ? Que les autorités sachent où chercher un animal durant les missions de sauvetage ?
Tout à fait. Par exemple, quand une personne âgée a un accident, il faudrait qu’elle ait une carte sur elle qui permet de savoir qu’elle a un animal, seul chez elle. Si on ne le sait pas, on laisse les animaux comme ça, sans aucune défense. Prenons l’exemple de Loana. Elle est malheureusement décédée chez elle, dans de tristes conditions. Son chien est mort à côté d’elle. Sans soins, sans rien. Parce que personne n’est allé la chercher elle. Mais aussi parce que personne n’est allé chercher son chien non plus.
Vous parlez d’élaborer des protocoles « d’évacuation, d’accueil, de transport et de prise en charge des animaux lors des catastrophes. » Vous avez une idée de comment ça se passerait ?
Je pense qu’il faut aider les bénévoles. Nous appelons donc à la création d’un fond national d’urgence qui viendrait financer immédiatement les centres de soin, les vétérinaires, les refuges, les associations qui travaillent sur le terrain et s’occupent de ces sinistrés. Cela permettrait aussi la formation des secours, des pompiers, des services de l’État. Selon les départements, les pompiers ont des cellules animalières. Mais elles n’existent pas partout. Des pompiers s’en plaignent. Parce que la sensibilité à l’égard des animaux se retrouve partout, dans toutes les classes sociales.
Dans la lettre, sont aussi écrits les mots suivants : « Une société qui se prépare aux catastrophes ne peut ignorer les millions d’animaux qui partagent notre territoire. Les protéger, c’est également préserver les équilibres naturels, soutenir les acteurs de terrain et répondre à une attente croissante de nos concitoyens. » Qu’est-ce qui vous permet de dire qu’il s’agit d’une attente croissante?
La cause animale est la deuxième cause la plus soutenue en France au niveau des associations. La première, c’est l’enfance. C’est donc une cause prioritaire aux yeux de nos concitoyens. Puis la protection des animaux n’est plus une question de sensibilité. C’est une question de sécurité publique. Ces dispositions ne visent pas à opposer la protection des animaux à celle des êtres humains. Elles visent à éviter des situations de panique, à rendre notre protection civile efficace pour tous. Prévenir les risques, c’est faire des économies pour l’avenir, protéger le tissu social, le tissu économique et le tissu environnemental du territoire. La sécurité de chacun dépend de la sécurité de tous. Humains comme animaux. Nous sommes dans le même monde. Tout ce qui influence les uns influence les autres. On doit penser à une sécurité globale, adaptée aux défis climatiques auxquels notre pays est désormais confronté. Aujourd’hui, aucun ministère n’est véritablement responsable de la protection des animaux lors des catastrophes. Nous demandons donc la création d’un ministère de la condition animale, qui mettrait en place un dispositif national de protection des animaux en cas de catastrophe. Les incendies de cet été montrent pourquoi il est nécessaire. Je pense que cela correspond à l’évolution de notre société.
Imaginons qu’un village soit victime d’un incendie. Les pompiers arrivent. Qui sauve les chiens, les éventuels cochons s’il y a une ferme dans le village ? Les pompiers ou une cellule distincte de personnes formées à cela ?
S’il y a simplement un chien ou un chat, il est possible que les pompiers les emmènent. Il faut les former à cela. C’est plus simple que d’envoyer d’autres personnes. Mais les associations, les centres de soin, les refuges sont aussi là pour aider, en cas de nécessité. S’il y a des vaches ou des cochons, il faut donner les moyens financiers aux associations de les prendre en charge. D’où le fond national d’urgence qui viserait à financer toutes ces évacuations.
Vous finissez votre missive par ces mots : « Le Parti animaliste se tient à votre disposition afin de contribuer à l’élaboration de ce dispositif et de participer à toute concertation permettant d’améliorer la protection des animaux face aux catastrophes naturelles. » Avez-vous reçu une réponse à votre courier ?
Pour l’instant, non. On attend. On espère, au moins, que ça donne des idées aux futurs candidats ou candidates à la présidentielle. On veut que l’élection présidentielle de 2027 soit l’occasion de mener un projet de société. On attend de la personne qui sera élue qu’elle fasse de la protection des animaux une priorité politique.