Marc-André Selosse, biologiste : La loi d’urgence agricole « est une insulte à la démocratie »

Alors que la loi d’urgence agricole a définitivement été adoptée par le parlement le 21 juillet dernier, le biologiste Marc-André Selosse dénonce un texte qui tourne le dos aux connaissances scientifiques, alors qu’un autre modèle d’agriculture est possible.

“L’agriculture c’est beaucoup plus subtilement technique, que le travail de sagouin qu’ont fait les gens du Sénat, avec l’aval des gens de l’Assemblée nationale”, lâche Marc-André Selosse biologiste et professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.

La « loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole » définitivement adoptée au Sénat le 21 juillet dernier, entend répondre aux difficultés économiques rencontrées par les agriculteurs français. Seulement, ce texte surnommé “Loi Duplomb bis” contient de nombreuses mesures très controversées, parmi lesquelles la réautorisation dans certains secteurs de deux pesticides potentiellement nocifs pour la santé (l’acétamipride et le flupyradifurone), ainsi que le soutien aux projets de bassines de rétention d’eau.

“Le point le plus toxique de cette loi, c’est de nier les possibles”


Dans sa tribune du 15 juillet dernier, Marc-André Selosse dénonçait un “accaparement de nos territoires et de nos vies”, à l’image de cette mesure qui pourrait interdire “toute construction” sur 10 mètres avoisinant une parcelle agricole utilisant des produits phytosanitaires. “Le point le plus toxique de cette loi, c’est de nier les possibles”, regrette t-il, comme “l’agriculture biologique, bien meilleure pour la santé”, “l’agriculture non labourée”, ou “le changement de cultures” face à la montée des températures.

Pour le biologiste, la seule solution viable à long terme pour l’économie de l’agriculture française face à la concurrence internationale, est une montée en gamme. “On a eu un déficit record dans le domaine agroalimentaire, 43% des agriculteurs sont déjà en dessous de Smic : cette amélioration de l’agriculture, elle nous permet d’être compétitifs sur des créneaux où le tout-venant ne l’est pas”, explique t-il. « Cette loi est une insulte aux générations futures, à nos impôts qui ont financé des recherches pour trouver des alternatives et aussi à la démocratie ».

Une interview disponible ci-dessous, illustrant une nouvelle fois le sentiment de manque de considération des chercheurs et des citoyens par le parlement français.

Louis Deroo