« Un documentaire sur la paternité, sur les pères, sur moi comme père, sur quel genre de pères nous sommes. » D’emblée, Les nouveaux darons (ou pas) annonce la couleur : il ne s’agit pas d’un manifeste, encore moins d’un mode d’emploi. Plutôt d’une quête. Celle d’Olivier Daube, père séparé de deux enfants, qui ne les voit plus qu’un week-end sur deux depuis qu’une décision de justice a accordé la garde exclusive à leur mère. Un choc intime qui agit comme un révélateur : « Je l’ai pris comme une forme de constat : je ne suis pas un bon père. »
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À partir de cette blessure, le documentaire réalisé par Jan Sitta et produit par Carole Chassaing se transforme en voyage. Un voyage au pays des pères d’aujourd’hui, dans une société qui tente de redessiner les rapports entre hommes et femmes sans toujours savoir à quoi ressemble l’équilibre recherché.
Autour d’une bière entre amis, dans des « ateliers pour futurs papas » ou au détour de discussions avec des chercheuses, se dessine une galerie de portraits ordinaires. Des hommes de bonne volonté, souvent. Des hommes qui veulent faire différemment. Mais qui se heurtent à leurs habitudes, à leur éducation et parfois à leur propre aveuglement.
L’un avoue que « mettre les mains dans le cambouis » le terrorise. Un autre reconnaît que le niveau de ménage et de rangement qu’il estime acceptable est atteint « assez rapidement ». Tous admettent plus ou moins que la gestion quotidienne, l’organisation, les rendez-vous, les vêtements, les papiers, restent majoritairement assurés par les mères. « L’équilibre dans l’asymétrie », résume l’un d’eux.
Le film évite pourtant le procès. Il préfère la complexité. Entre le « papa cool » surtout là pour profiter des bons moments et le « papa-poule » omniprésent, chacun cherche sa place. Et une question traverse le récit : pourquoi tant d’hommes semblent-ils prendre conscience de l’importance de leur paternité au moment d’une séparation ? Pourquoi ne deviennent-ils pleinement pères qu’au moment où ils risquent de ne plus l’être ?
Une intervenante parle même de « l’arnaque des nouveaux pères » : beaucoup se pensent différents sans mesurer l’ampleur du travail invisible accompli par les mères. À dix mille lieues, parfois, de ce qu’ils imaginent être.
Mais derrière ces contradictions se cache une autre histoire : celle de leurs propres pères. Absents, silencieux, violents parfois, ou simplement happés par le travail. Une génération d’hommes élevés entre des mères en quête d’émancipation et des modèles masculins encore solidement ancrés dans une culture patriarcale. Des fils devenus pères, tentant de ne pas reproduire, mais souvent rattrapés par ce qu’ils ont appris sans le vouloir.
Olivier, approchant la cinquantaine, confie avoir consacré trop d’énergie à sa réussite professionnelle et pas assez à ses enfants. Avec cette phrase, à propos de son fils, qui sonne douloureusement, sachant qu’il le voit très peu : « Je ferais tout pour qu’il soit heureux. »
Une transition inachevée
Peut-être est-ce là que réside le véritable sujet du film. Non pas dans l’émergence d’un « nouveau père » idéal, mais dans l’acceptation d’une transition inachevée. Une génération qui tâtonne, doute, se remet en question. Des hommes qui découvrent que devenir père ne consiste pas seulement à aimer ses enfants, mais à apprendre, parfois tardivement, à être présent dans les petites décisions du quotidien.
Le père de demain reste à inventer. Et sans doute, avec lui, la mère de demain également. Car derrière la transformation des pères se joue peut-être quelque chose de plus vaste : la redéfinition de ce que signifie faire famille, ensemble.
Olivier Daube confie à Télescope, avec le recul acquis grâce à ce tournage, ce cheminement : « Je n’étais qu’un papa-copain, je ne portais pas la charge mentale. Est-ce que mes enfants me font réellement confiance pour les trucs sérieux ? Ils se confient à moi mais je crois qu’ils préfèrent que ce soit leur mère qui les emmène chez le dentiste… Mais on va voir le verre à moitié plein, par rapport à mes parents, il y a une vraie courbe d’amélioration. » Et de se projeter : « J’ai refait ma vie, et je m’interroge maintenant sur le rôle du beau-père… »
Ainsi Olivier est-il parti à la rencontre de son histoire, d’une génération née d’une contradiction entre des mères qui voulaient leur autonomie et des pères bien ancrés dans une masculinité installée et parfois toxique. Des nouveaux pères souvent rattrapés par leurs modèles. On dira, en conclusion, que la route semble encore bien longue avant d’atteindre l’égalité femmes-hommes, mères-pères. Et que ce documentaire est à voir, à méditer.
C’est ici : https://www.france.tv/france-3/grand-est/la-france-en-vrai-grand-est/8517446-les-nouveaux-darons-ou-pas.html