[Trophées Act des lycéens] Dans l’hémicycle du Conseil économique, social et environnemental, la jeunesse engagée prend la parole

Début avril, sous la coupole solennelle du Conseil économique, social et environnemental, place d’Iéna à Paris, quelque chose d’inhabituel s’est produit. Là où se débattent habituellement les grandes orientations de la société française, ce sont des lycéens qui ont pris la lumière — et, d’une certaine manière, le pouvoir.

La première édition des Trophées ACT de l’engagement lycéen, portée par ESSEC Business School et CY Cergy Paris Université, a transformé l’hémicycle en scène vivante de la jeunesse en action. Télescope y était (et faisait également partie du jury).

Une démocratie qui ne se limite pas au vote. En ouverture, Bernadette Groison, vice-présidente de la Comission Education, culture et communication du CESE donne le ton et rappelle une évidence trop souvent oubliée : « La démocratie, ça n’est pas seulement voter. »

Dans la salle, les projets présentés incarnent précisément cette autre forme de participation : concrète, locale, immédiate. Des maraudes solidaires aux journaux lycéens, en passant par des projets artistiques ou écologiques, tous témoignent d’un même réflexe : ne pas attendre.

90 projets, une génération en mouvement Près d’une centaine de candidatures ont été examinées. Une diversité telle que, comme le souligne l’équipe organisatrice, aucun projet ne ressemblait à un autre. Pour Aymeric Marmorat, directeur du Bachelor ACT à l’ESSEC, à l’origine de cette première édition, l’enjeu était clair : mettre en lumière une jeunesse qui agit déjà. La sélection des finalistes, réalisée par les étudiants du Bachelor ACT, révèle une réalité souvent sous-estimée : l’engagement lycéen n’est pas une exception — c’est un écosystème en formation.

La sociologue Valérie Becquet y voit une continuité historique, inscrite dans les droits fondamentaux : « Les articles 12 à 15 de la Convention internationale des droits de l’enfant défendent la liberté d’opinion et d’engagement. » Autrement dit, ces initiatives ne sont pas marginales — elles sont légitimes.

Des projets qui réparent, relient et racontent

Parmi les lauréats, quatre grandes catégories dessinent une cartographie des préoccupations contemporaines :

🤝 Solidarité & inclusion

Les Maraudes solidaires incarnent une forme d’engagement directe, sans filtre : aller à la rencontre des plus démunis, organiser des distributions, créer du lien là où il s’effrite.

🌱 Environnement & transition écologique

Les Éco-ambassadeurs conjuguent écologie et créativité, transformant les déchets collectés en objets upcyclés — une pédagogie par l’action.

🗳 Citoyenneté & démocratie

Avec L’Esprit lycéen, la lutte contre la désinformation devient un projet éditorial : journal papier et web, ateliers d’écriture, immersion dans le rôle de journaliste.

🎭 Arts & culture engagés

Les Héritières de la Liberté utilisent le corps et la scène pour faire vivre la mémoire de l’esclavage — preuve que l’art reste un vecteur politique puissant.

Une génération qui refuse le « catastrophisme »

Parmi les temps forts, Ashoka France évoque une “génération G” — G comme générosité. Un contre-récit assumé face au discours dominant d’une jeunesse apathique ou ultra-connectée. Le prix coup de cœur attribué à Agora Metz va dans ce sens : non, les lycéens ne sont pas déconnectés — ils sont hyper-connectés au réel.

Plusieurs interventions convergent vers une même philosophie : « Ne vous dites jamais que c’est trop », insiste Ilaysha Michel. « Foncez, ne lâchez rien », ajoute Nolan Cuenca. Ici, l’engagement n’est pas théorique. Il est empirique : on agit d’abord, on ajuste ensuite. Une leçon d’optimisme politique.

En clôture, Anne-Claire Pache, professeure en Innovation sociale à l’ESSEC, résume ce que beaucoup ressentent dans la salle : « C’est bluffant. » Elle évoque ces lycéens capables d’identifier un problème, d’imaginer une solution, puis de convaincre — parents, enseignants, institutions.

Et rappelle, en citant Margaret Mead : « Ne doutez jamais qu’un petit groupe d’individus engagés peut changer le monde. »

Ce que ces trophées disent du futur

Au-delà des prix, cette cérémonie agit comme un révélateur. Elle montre que : l’engagement des jeunes est déjà structuré, les lycées deviennent des laboratoires démocratiques, les initiatives locales peuvent préfigurer des modèles à grande échelle

Dans l’hémicycle du CESE, le symbole est fort : ceux qui, demain, hériteront des institutions commencent déjà à en redéfinir les usages. Et si le futur de la démocratie française ne se jouait pas uniquement dans les urnes mais aussi dans les projets de lycéens qui, aujourd’hui, refusent d’attendre leur tour ?